Même l’Allemagne se fait épingler sur ces questions. Ses réglementations sur l’installation dans les professions artisanales, dans le commerce de détail, sont jugées comme des freins à la croissance.
Les mêmes avis sont adressés à l’Italie, à l’Espagne, à la Belgique et autres. Partout, la chasse aux médecins, notaires, avocats est ouverte. Dans sa recommandation à la Lituanie, pourtant peu encombrée par les règles, la commission dévoile une de ses arrière-pensées : l’État reste le problème, quel que soit le domaine de compétence. Elle préconise ainsi d’instaurer rapidement des lois sur la médiation et l’arbitrage. Comme en Italie d’ailleurs. En clair, il est temps la justice étatique s’efface devant une justice privatisée des affaires, qui, dans la discrétion, sait si bien trancher les différends entre les grands groupes
LES SERVICES PUBLICS
C’est une autre marotte de la commission européenne. Ils sont toujours considérés comme des obstacles, et des centres de gabegies. Là encore, la France est une cible privilégiée. Il lui est donc demandé d’ouvrir le secteur de l’énergie à la concurrence, de revenir sur les « tarifs réglementés du gaz et de l’électricité » ou d’en finir avec le monopole de la SNCF sur le transport des passagers à l’intérieur de l’Hexagone.
Mais ces recommandations se retrouvent formulées dans presque tous les pays. En Allemagne, en Espagne, en Italie, en Belgique, la concurrence dans l’énergie comme dans les transports est jugée insuffisante. En Pologne, en Espagne, en Belgique, il est aussi demandé d’en finir avec les tarifs réglementés, considérés comme des subventions insupportables.
Alors que la commission européenne a imposé depuis quinze ans des réformes de ces marchés, qui se sont toutes révélées coûteuses et inefficaces, et réalisées au détriment de la sécurité des approvisionnements et des consommateurs, pourquoi ne s’interroge-t-elle pas sur l’échec de sa politique de libéralisation et les résistances à cet égard des pays ? Mais là encore sa réponse est toute faite : si cela n’a pas fonctionné comme prévu, c’est que les règles n’ont pas été appliquées.
LA FISCALITE
Se sentant autorisée désormais à donner son avis sur tout, la commission a bien sûr une opinion avancée sur la fiscalité. Elle recommande à la France de réduire le taux des impôts sur le revenu et sur les sociétés, selon la grande tradition libérale. La redistribution ne fait pas partie de ses principes. Ainsi, elle appelle à revenir sur les taux réduits de TVA, essentiellement destinés aux produits de première nécessité, les taxes écologiques et autres impositions indirectes.
Sa recommandation adressée à la Lituanie résume sa conception de la fiscalité : tout sur les populations, rien sur les entreprises. Elle presse le gouvernement lituanien, censé pourtant être un des bons élèves européens, de « réduire la fiscalité pesant sur les bas salaires et les entreprises en la réorientant vers des domaines tels que les droits d’accises, les taxes foncières récurrentes et/ou les taxes environnementales ».
Aux Pays-Bas il est signifié de revoir une fiscalité bien trop favorable à l’immobilier et aux particuliers. Le gouvernement italien est aussi pressé de revenir sur les nouvelles taxes foncières et immobilières, comme il s’y est engagé, et d’abaisser la fiscalité sur les entreprises.
On pourrait continuer ainsi la liste. En un mot la commission demande à l’ensemble des gouvernements européens de renoncer à toute politique, à leurs usages, leur culture, leurs traditions en vue de construire l’univers radieux pour le grand business européen. Si sa politique échoue lamentablement comme depuis le début de la crise, elle n’aura bientôt plus qu’une solution : demander la dissolution des peuples européens.
http://www.mediapart.fr/ journal/international/290513/ europe-selon-le-catechisme-de-b ruxelles