Elle aurait peut-être mis plus encore l'accent sur le renouvellement et le rajeunissement dans la composition du gouvernement. Mais beaucoup des ministres de François Hollande l'auraient été de Ségolène Royal : je pense à Arnaud Montebourg, à Aurélie Filippetti, à Christiane Taubira à qui Ségolène Royal est liée, à Delphine Batho, à Najat Vallaud-Belkacem, à Guillaume Garot, à Dominique Bertinotti ...
En revanche, on peut être à peu près certain qu'elle se serait mise en quatre pour inclure le Modem, et même le Front de gauche, dans son gouvernement. Elle aurait aussi, dans doute, choisi quelques ministres issus de la société civile.
En cultivant cette hypothèse, on discerne mieux la singularité du gouvernement Ayrault : il ressemble à un organigramme du PS, deux radicales et deux écologistes en plus. Hormis son Premier ministre, un gouvernement composé par Ségolène Royal aurait été plus jeune, moins socialiste, plus atypique.
Ségolène Royal a au moins un point commun avec Nicolas Sarkozy, son adversaire de 2007 : elle pense sincèrement qu'en politique, "dire, c'est faire".
Bref, elle aurait probablement adopté un style très volontariste, très déterminé. Elle ne se serait pas épargnée. La rupture avec Sarkozy aurait été moins évidente, car le chef de l'Etat aurait également joué la carte médiatique, pour donner le sentiment d'un pouvoir qui agit avec résolution, détermination. Comme Nicolas Sarkozy, elle aurait sans doute multiplié les visites médiatiques et les annonces.
François Hollande, lui, n'a pas déserté les médias, contrairement à ce qu'on entend souvent. Il n'a pas renoué avec la stratégie de la "rareté" de la parole présidentielle voulue par Jacques Pilhan, appliquée par Mitterrand et Chirac, dont il était le conseiller en communication. Il a communiqué à plein, mais sur sa modestie, son souci de donner du temps au temps. Il a peu annoncé de mesures. Or, les Français ont semble-t-il compris que la crise économique est exceptionnelle de gravité. Le risque est donc grand qu'ils interprètent la "temporisation" hollandaise comme une procrastination.
Il n'est ni souhaitable, ni pertinent d'associer la question des Roms à celle de l'insécurité. Sur ce dernier point, en revanche, la "ligne" tenue par Ségolène Royal a toujours été très claire. En 2007, elle a ainsi bousculé beaucoup de ses camarades socialistes en proposant l'encadrement militaire des jeunes délinquants. Elle a toujours reconnu que l'insécurité était un vrai problème aux yeux de l'électorat populaire.
Présidente de la République, Ségolène Royal aurait sans doute transmis un message de fermeté plus clair face à la délinquance.
Sur les dossiers environnementaux, ses arbitrages auraient également été plus clairs, je pense, que ceux de François Hollande. Sur l'insécurité comme sur l'écologie, le pouvoir actuel donne en effet le sentiment d'hésiter entre deux politiques.
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